HERVé RENARD : « J’ENTRAîNERAI DE NOUVEAU UNE SéLECTION EN AFRIQUE »

Le Français Hervé Renard, victorieux de la CAN de 2012 avec la Zambie et de celle de 2015 avec la Côte d’Ivoire, revient dans son livre – Moi, le foot, l’Afrique – sur son parcours professionnel atypique, son histoire personnelle et son profond attachement au continent africain.

Dans quelques mois, Hervé Renard, 57 ans, participera avec l’Arabie saoudite à sa troisième Coupe du monde consécutive, après celles de 2018, avec le Maroc, et de 2022, déjà avec les « Faucons verts ». Son ouvrage, coécrit avec son ami d’enfance et journaliste Edward Jay, retrace son itinéraire singulier. Né à Aix-les-Bains et essentiellement élevé par sa mère, décédée en février 2025, et à qui il rend un vibrant hommage, Renard, bien que passé par le centre de formation de l’AS Cannes, n’a joué qu’un match en Ligue 1, en 1989.

Il a ensuite entraîné des clubs amateurs et créé une société de nettoyage. Sa rencontre avec Claude Le Roy, au début des années 2000, a changé sa vie, et lui a ouvert les portes de l’Afrique. Un continent qu’il a déjà beaucoup exploré (Ghana, Zambie, Angola, Algérie, Côte d’Ivoire, Maroc) et où il est convaincu de retravailler un jour.

Jeune Afrique : Quand vous avez commencé votre carrière d’entraîneur, envisagiez-vous, parmi d’autres hypothèses, de rejoindre l'Afrique ?

Hervé Renard : Non, cela ne faisait pas partie de mes plans. Quand j’ai commencé à entraîner, à Draguignan, en 1999, j’avais 31 ans. Mon ambition était de progresser pour un jour diriger une équipe de Ligue 1 en France. C’est ma rencontre avec Claude Le Roy qui a tout changé. Il m’a d’abord permis de travailler en Chine, puis en Angleterre. Il ne perdait pas une occasion de me parler de l’Afrique. Il avait remporté la CAN avec le Cameroun, entraîné le Sénégal…

En quels termes évoquait-il le continent ?

Avec passion. Il me racontait des anecdotes, la ferveur des supporters, la nécessité, quand on est sélectionneur, de comprendre le pays pour lequel on travaille, d’y résider. D’admettre que certaines choses peuvent prendre du temps à se concrétiser, d’être patient. Et cela m’a donné envie. Alors quand il m’a proposé de devenir son adjoint au Ghana, qui allait accueillir la CAN 2008, je n’ai pas vraiment hésité. Et en mai 2008, je suis devenu le sélectionneur de la Zambie. Le président de la fédération, Kalusha Bwalya, un ancien excellent joueur, avait demandé à Claude Le Roy son avis sur moi, et il lui avait répondu de ne pas hésiter à m’engager.

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La Zambie, que vous avez entraînée deux fois (mai 2008-avril 2010, puis novembre 2011-octobre 2013), a lancé votre carrière de sélectionneur…

Je me suis installé à Lusaka, et j’ai découvert un pays superbe, pacifique, très agréable à vivre. Lors de mon premier passage, on atteint les quarts de finale lors de la CAN 2 010. Puis, je pars en Angola où je ne reste que six mois, car le projet sportif pour lequel on m’a recruté n’avançait pas.

Je signe à l’USM Alger, dans un club présidé par Ali Haddad, un dirigeant avec qui j’ai eu une très bonne relation, et qui m’avait laissé repartir en Zambie trois mois avant la CAN 2012. Oui, la victoire avec la sélection zambienne en 2012 à Libreville reste un souvenir majeur, car nous n’étions qu’un outsider. Je me souviens du retour en Zambie, des centaines de milliers de personnes entre l’aéroport et le centre-ville de Lusaka.

En 2015, après une expérience à Sochaux, vous gagnez la CAN avec la Côte d’Ivoire. Mais peut-on dire que votre séjour dans ce pays a été plus compliqué en raison de vos relations parfois difficiles avec la fédération ?

Oui. En Zambie, j’avais une liberté d’action totale dans le domaine sportif, et de bonnes relations avec l’État. En Côte d’Ivoire, tout s’est bien passé avec les joueurs, avec les supporters. Avec la fédération, c’était parfois plus compliqué. Avec Sory Diabaté, alors vice-président (décédé en septembre 2024), on ne s’entendait pas très bien. Et avec Sidy Diallo, le président (décédé en 2020), ce n’était pas toujours fluide. On ne s’est pas parlé pendant deux mois. Quand des choses ne me plaisaient pas dans le domaine sportif, je le disais, sans être toujours très diplomate. Après le titre de 2015, j’ai préféré ne pas aller plus loin.

Vous avez ensuite été le sélectionneur du Maroc (février 2016-juillet 2019). Que retenez-vous de cette longue expérience à la tête des Lions de l’Atlas ?

Je sortais d’une phase difficile à Lille, et je peux dire aujourd’hui qu’il y a 90 % de positif à retenir de mon passage au Maroc. J’ai travaillé avec un président de fédération, Fouzi Lekjaâ, élu en 2014, qui a beaucoup fait pour moderniser le football de son pays, en faisant en sorte de le doter de très bonnes infrastructures, d’un cadre très professionnel.

J’ai contribué à relancer la sélection, en la qualifiant notamment pour la Coupe du monde 2018, ce qui n’était plus arrivé depuis 1998. J’ai lancé aussi des joueurs comme Achraf Hakimi, Youssef En-Nesyri, etc. Le Maroc fait aujourd’hui partie des dix ou quinze meilleures sélections du monde, et je suis fier d’avoir participé à ce projet.

Reviendrez-vous travailler en Afrique ? En 2024, après votre départ du poste de sélectionneur de l’équipe de France féminine, il fut question du Sénégal ou encore du Nigeria avant votre retour en Arabie saoudite

Je ne sais pas où, je ne sais pas quand. Mais oui, j’entraînerai de nouveau une sélection en Afrique. Au Sénégal, toutes les conditions n’étaient pas réunies, mais j’avais envie de relever ce challenge. Au Nigeria, j’ai estimé que les chances de qualification pour la Coupe du monde étaient trop réduites.

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Si une fédération bien organisée me propose un bon projet sportif, cela pourra m’intéresser. L’aspect financier n’est pas le premier critère, cela n’a jamais été le cas pour moi. Je me sens bien en Afrique [Renard possède une maison au Sénégal], et j’y reviendrai un jour.

Hervé Renard, Moi, le foot, l’Afrique, Talent Sport, 19,90 €

2026-02-10T16:13:16Z